Mercredi 22 octobre 2008
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Depuis le 23 octobre, une
nouvelle série est sur les écrans, Les Londoniens, qui brosse le portrait de polonais installés outre-Manche. C’est l’occasion de revenir sur un sujet d’actualité, l’émigration. Travail, mode de
vie, études... les motivations de ces jeunes et moins jeunes qui tentent leurs chances à l’étranger sont aussi diverses que leurs profils.
La télévision est toujours à l’affût de nouveaux sujets à mettre en scène, elle est ainsi un puissant vecteur
de traitement et d’analyse de phénomènes de sociétés. Dernier exemple en date, et pas des moindres, l’émigration des polonais en Angleterre. Sous le titre Les Londoniens, cette nouvelle série de
13 épisodes, a été diffusée pour la première fois le jeudi 23 octobre sur TVP1. Sous la plume d’un duo d’auteurs, Ewa Popiolek et Marek Kreutz, on a pu suivre la vie de Polonais récemment arrivés
ou installés depuis longtemps dans la capitale anglaise.
Ce programme risque de trouver un puissant echo dans un pays d’émigration. Il suffit de regarder les chiffres pour se convaincre que la Pologne connait et a connu, tout au long
de son histoire, des départs massifs de ses ressortissants. Mais estimer le nombre exact de polonais vivant à l’étranger est très difficile pour les autorités compétentes. En effet, depuis que la
Pologne a intégré l’Union Européenne en 2004 et plus généralement depuis qu’elle a intégré l’espace Schengen, les polonais ne sont pas tenus de s’enregistrer à leur arrivée. Il faut donc se
contenter d’estimations. Ainsi, selon le Ministère des Affaires étrangères, ce ne sont pas moins de 21 millions de ses ressortissants qui vivent à l’étranger. Un chiffre à mettre en perspective
avec les 38 millions de polonais vivant sur le territoire national. Bien sur, ce chiffre tient compte des personnes installées à l’étranger depuis plusieurs générations, mais il est a lui seul
révélateur d’une situation particulière, la Pologne est un pays d’émigration.
Des trajectoires variées
Les motifs explicatifs de ces départs massifs sont très variés. Evidemment, les problèmes économiques sont un facteur important mais pas seulement. Prenons le cas de l’Espagne,
qui a une petite communauté polonaise de 45 000 personnes. « Je n’ai pas quitté la Pologne uniquement à cause de ses problèmes économiques » nous explique Marta qui vit a Alicante
depuis deux ans et travaille dans une compagnie de locations de voitures. « Je suis venu en Espagne un été et j’ai aimé la vie ici alors je suis venu m’y installer d’abord pour un an en
pensant que la vie serait mieux ici qu’en Pologne » poursuit-elle. Pour cette jeune polonaise de 26 ans, « l’argent n’est pas la raison principale » même si elle reconnait que
c’est un paramètre qui est entré en ligne de compte. Elle aime « la façon de penser des espagnols, leurs façons de voir la vie, ils ne pensent pas uniquement à l’argent comme en
Pologne ». Quant à un éventuel retour, Marta ne l’envisage pas pour le moment.
D’autres ont choisi la France qui compterait quelques 900 000 polonais. C’est le cas de Sylwia, originaire de Silésie venue à
Paris dans le cadre du programme communautaire Leonardo da Vinci faire un stage de 6 mois. L’obtention d’une bourse Copernic lui aura permis de prolonger l’expérience et de suivre, parallèlement
à un stage chez EDF-GDF, des cours à Sciences Po. Mais comme tout a une fin, elle a choisi de rentrer en Pologne « pour des raisons professionnelles ». « Je suis spécialisée dans
le domaine des ressources humaines et étant polonaise, j’ai plus d’opportunités, de possibilités d’évoluer à long terme en Pologne, un pays qui est en forte croissance »
.
La Grande-Bretagne pas si idyllique que ça ?
Destination phare, la Grande-Bretagne compte une très forte minorité polonaise estimée à 800 000 personnes. Pourtant si traverser la Manche constitue un objectif pour beaucoup,
Albion peut se révéler perfide et ne pas être le pays de cocagne tant espéré poussant certains au retour, telle Joanna. Partie s’installer à Manchester pour apprendre l’anglais, cette jeune
polonaise s’est vite rendue compte que ce n’était pas ce qu’elle cherchait. « Partout où tu regardes tu rencontres des polonais : au travail, dans les librairies, dans les centres
commerciaux, même le chauffeur de bus est polonais » confie-t-elle. Bien sûr, « il est plus facile de vivre en Angleterre, tu gagnes plus d’argent et comparativement au salaire les prix
sont moins élevés ». Mais au bout d’un an, elle décide de tout arrêter et de rentrer à Poznan. « Il y avait toute une série de désagréments » parmi lesquels un certain
« racisme », motif selon elle du licenciement de son premier job.
Le bilan pour ces jeunes polonais partis tenter leurs chances à l’étranger est donc en demi-teinte. Si certains s’installent définitivement à l’étranger d’autres font le choix
de revenir. Mais les chiffres manquent, le ministère des Affaires étrangères avoue ne pas disposer de données à ce sujet. Toutefois, alors qu’un véritable tsunami financier s’est abattu sur les
places boursières mondiales et européennes, la tendance pourrait s’inverser. Ainsi, une étude du Centre de Relations Internationales révèle que 360 000 polonais risqueraient de perdre leur
travail en Angleterre du fait de la crise. Ils pourraient donc se rabattre sur un pays qui est pour l’instant épargné par le krach boursier ... la Pologne.