Interview

Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /2008 16:07
   
  Marc Raffinot est spécialiste des questions du développement et de l’endettement. Enseignant à l’université Paris-Dauphine, à l’IEDES et ainsi qu’à Siences Po, il nous a accordé un entretien à l’occasion de la réédition dans la collection Repères, de son livre, La dette des tiers-mondes.

1)    Quelle est à l’heure actuelle la situation de la dette des pays du tiers-monde ?

  On ne peut pas parler de dettes des pays du tiers-monde. C’est pourquoi le livre se nomme « dette des tiers-mondes », au pluriel. Les pays qui doivent l’essentiel d’une dette qui se monte à 2500 milliards de dollars (à peu près le double de la dette française) sont des pays émergents. Les pays pauvres, exclus du marché financier international, ont une dette qui ne dépasse guère les 200 milliards de dollars.

2)    L’endettement d’un pays du tiers-monde diffère-t’il de celui d’un pays industrialisé, comme la France par exemple ? Et si oui, en quoi ?

  Oui, les pays émergents ont une dette en devises étrangères et non dans leur propre monnaie comme les pays industrialisés, c’est un problème nommé « péché originel ». Les pays les plus pauvres sont exclus des marchés des capitaux : ils ne peuvent emprunter qu’auprès des organismes publics.

3)    La question de la soutenabilité de la dette se pose-t’elle aussi pour des pays comme la France ?

 Bien sûr, mais avec cette différence que les remboursements se font dans notre monnaie. En fait, le problème principal est que le coût des emprunts augmente lorsque le taux d’endettement augmente.

4)    Vous dîtes que les mesures préconisées par les plans d’ajustement structurel (stabilisation, libéralisation et privatisation), ont été peu ou mal appliquées. Pensez vous que si elles l’avaient été correctement, les conséquences auraient été différentes ?

  Certainement, car cela aurait permis de mieux adapter les mesures aux réalités locales.

5)    Selon vous, l’endettement est une opportunité pour les pays en développements (PED). Mais, le fonctionnement chaotique des marchés financiers, qui rend difficile le financement du développement, remet en cause l’ouverture aux mouvements de capitaux préconisée notamment par le FMI. La récente crise des Sub-primes, n’est elle pas l’occasion d’une refonte des marchés financiers ?

 Oui, je pense que l’endettement est une opportunité pour les PED, comme pour nous tous. L’endettement comporte aussi des risques, il faut donc les prendre en compte et essayer de mieux les réguler au niveau international. La crise des Sub-primes indique la nécessité d’un meilleur contrôle prudentiel, ce qui n’est pas exactement la même chose.



6)    Que pensez vous du micro-crédit ? Est ce la solution miracle à tous les maux des PED ?

  C’est une excellente chose, mais évidemment pas une solution miracle. Il faut cependant bien voir que les principes de base du micro-crédit (qui s’appliquent à des personnes) sont à l’opposé des principes que nous appliquons au niveau de l’aide internationale (des prêts et non des dons, des taux d’intérêts élevés et non des taux d’intérêts pratiquement nuls, l’idée que le prêt responsabilise l’emprunteur et témoigne de sa dignité, alors que les pays sont jugés incapables de recevoir des prêts, et j’en passe).


Propos recueillis par Manuel CRIFO

La dette des tiers-monde, Marc Raffinot
Collection Repères, éditions La Découverte, 2008


Par crifomanuel - Publié dans : Interview
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus